Information sur l’objet
Titre de l’œuvre :
Art religieux : Réserves aux sainte huiles (3), ou urnes chrismales ou vases aux saintes huiles

Date :
1814

Détenteur :
Archidiocèse de Québec

Artiste :
Laurent Amiot

  FICHE DESCRIPTIVE
Argent
Poinçon sous la base : L.A (2 fois)
39,4 x 16,5 (diamètre) cm
Gravé sous l’armoirie et sur le couvercle : une crosse et E. Q. (pour évêque de Québec)
Collection : Archidiocèse de Québec

Les réserves aux sainte huiles sont une série de trois grands récipients, ici en argent, dotés d’un couvercle glissé dans l’embouchure (parfois vissé) et surmonté d’une croix, utilisés pour contenir les saintes huiles consacrées le Jeudi saint dans une cathédrale, en l’occurrence, la Basilique-Cathédrale Notre-Dame de Québec. D’autres églises y puisent leurs propres réserves, soit dans des récipients de forme analogue, mais plus petits, pour les redistribuer à des églises plus petites, soit directement dans des ampoules aux saintes huiles. En général elles sont gardées dans un coffret, mais ce n’est pas le cas de celles-ci.


Réserve à huile des catéchumènes
Grand récipient destiné à conserver l’huile utilisée pour le baptême ou l’ordination sacerdotale. Cette réserve porte l’inscription sur le couvercle O. C. pour OLEUM CATECHUMENORUM. Parfois, elle porte l’inscription O. S. pour OLEUM SANCTUM.

Réserve à huile des malades
Grand récipient destiné à conserver l’huile des malades lors de l’extrême-onction et de la bénédiction des cloches. Cette réserve porte l’inscription sur le couvercle O. I. pour OLEUM INFIRMORUM.

Réserve à saint chrême
Grand récipient destiné à conserver le saint chrême composé de baume et d’huile, utilisé pour le baptême, la confirmation, la consécration des églises et des autels, la bénédiction des cloches, l’ordination des prêtres et le sacre des évêque. Cette réserve porte l’inscription sur le couvercle S. C. pour SANCTUM CHRISMA.

Armoiries
Sur la panse de chacune des urnes sont gravées les armoiries de l’Archidiocèse de Québec entourées d’une guirlande festonnée. Les armoiries représentent les attributs d’un archevêque : une mitre à dextre, une crosse à senestre et timbré d'un chapeau d’évêque entouré de deux cordons terminés par des houppes* à quatre rangs. Entre les cordons et les houppes, à dextre, la figure de la Vierge Immaculée est représentée debout sur un croissant, foulant aux pieds un serpent et à senestre saint Louis roi de France est debout sur le même croissant que celui de la Vierge et revêtu des ornements royaux semés de fleurs de lis. Il tient de la main droite, la main de la justice et de la main gauche, le sceptre.
Les deux figures héraldiques, soit la Vierge Immaculée et saint Louis roi de France sont inspirées de la source la plus authentique, lorsque la mission apostolique est élevée au rang de diocèse qui dépend directement du Saint Siège. Le 1er octobre 1674, le pape Clément X (1590-1676) signe la Bulle d'érection du nouvel évêché et désigne conjointement comme premier et second titulaires de la cathédrale de Québec la Vierge Immaculée et saint Louis roi de France.

*Note : une houppe à trois rangs représente un évêque, à quatre rangs un archevêque et à cinq rangs un cardinal.

L'orfèvre Laurent Amiot naît le 10 août 1764 à Québec. Son frère Jean-Nicolas Amiot l’initie à l’orfèvrerie. À la fin du XVIIIe siècle, les importations françaises d’objets religieux sont plus rares. À titre de protégé du Séminaire de Québec, il étudie à Paris de 1782 à 1787. Il suit ainsi les traces de François Baillairgé. Ces artisans participent aux efforts de reconstruction d’après-guerre et incarnent la volonté de rester français dans un pays sous allégeance britannique. Malgré ces efforts et sa formation française, Laurent Amiot, comme plusieurs de ses contemporains, n’échappe pas à l’influence britannique.
De retour au Québec, il est le principal concurrent de François Ranvoyzé pendant plusieurs années. Maître orfèvre, il forme au moins quatre apprentis : Jacques-Richard Filteau, Claude-Paul Morin, Pierre Lespérance, Joseph Babineau et peut-être François Sasseville. Spécialiste de l’orfèvrerie religieuse, nombre de ses œuvres se retrouve dans les communautés religieuse et les églises du Canada. Il travaille aussi des ustensiles d’orfèvrerie, des théières, des pots à lait, etc.
Son influence sur l’orfèvrerie québécoise, grâce à son savoir qu’il rapporte de France, est considérable. Sous son impulsion, l’orfèvrerie religieuse du Bas-Canada connaît un renouvellement certain par l’introduction d’une esthétique qui dérive du style Louis XVI. On retrouve ses pièces d’orfèvrerie dans de nombreuses institutions canadiennes, entres autres, le Musée canadien des civilisations à Hull, le Musée des beaux-arts du Canada, à la Winnipeg Art Gallery, au Musée national des beaux-arts du Québec et aussi au Détroit Institute of Arts (Michigan). À ce jour, il est répertorié 465 objets de Laurent Amiot dans la base de données Artefacts Canada, ce nombre exclus ceux qui sont toujours en usage dans les églises. Il décède à Québec le 3 juin 1839 et est inhumé dans la chapelle Sainte-Anne de la Basilique-Cathédrale Notre-Dame de Québec. C’est dire l’importance qu’il a dans la communauté québécoise de l’époque.

Provenance de la matière première : l’argent

La provenance de la matière première, l’argent, qui servait à la fabrication des pièces d’orfèvrerie est complexe. Il n’existait pas de mine d’argent à cette époque en Nouvelle-France. Les premières datent des années 1860 ou plus précisément de 1861, 1865, 1866 et 1870. Les orfèvres de la Nouvelle-France s’approvisionnaient à même les pièces d’argent déjà en usage, soit ils faisaient fondre les pièces de monnaies et ce, malgré l’interdiction de la loi, soit ils faisaient fondre les pièces d’orfèvrerie anciennes pour en créer de nouvelles. Il n’a pas été possible de prouver que d’autres sources d’approvisionnement existaient à cette époque. Aucun document ne fait mention de l’entrée au pays de lingot d’argent provenant de France ou d’ailleurs en Amérique.
Plus particulièrement, l’orfèvre François Ranvoyzé, contemporain de Laurent Amiot, réparait des objets anciens qu’il modifiait considérablement sans toutefois les faire fondre et il y ajoutait son poinçon. Par contre, Laurent Amiot faisait fondre les orfèvreries anciennes en mauvais état pour créer de nouvelles œuvres et ainsi procurer aux fabriques des ensembles homogènes.



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